Rencontre avec un champion d’IIL

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On entend de moins en moins le mot privilège de nos jours, pourtant c’est un mot qui résume la vie dans notre école et pour la plupart d’entre nous à Genève. Nous pouvons compter sur : une éducation de haut niveau, le confort de nos foyers et de nos familles, autant de choses dont ne dispose pas la majorité des jeunes. Souvent, même si nous ne voulons pas l’admettre, nous avons tendance à considérer ces privilèges comme la norme. Il suffit de sortir de notre bulle, dans le cas qui nous intéresse de parcourir 8’190 km loin de notre bulle pour réaliser la dureté du monde en dehors d’IIL.

A l’occasion de sa participation à un tournoi de tennis international, Chaska a eu l’occasion de rencontrer des ramasseurs de balles qui ont plus ou moins son âge et qui travaillent pour soutenir leurs familles. Intrigué, Chaska apprit que leur salaire était de 10 Euros par mois pour 11 heures de travail par jour. Un salaire plutôt misérable. Après avoir remporté la deuxième place du tournoi, Chaska a fait dont du montant de son prix aux ramasseurs de balle, en partageant la somme en parts égales. Nous revenons sur cette expérience dans notre interview.

Quel est pour toi le contraste le plus choquant entre ta vie à Genève et le Sri Lanka ?

Je dirais qu’en dépit du fait que la plus grande partie de la population soit pauvre, aucun des jeunes que j’ai rencontrés n’était mal habillé ou ne laissait entrevoir son statut social. Alors que les personnes privées de ressources peuvent être plus immédiatement identifiées à Genève. Ensuite, il faut compter avec la chaleur et l’humidité, bien sûr. La nourriture du Sri Lanka a des goûts bien plus variés que la nourriture d’ici. L’allure des maisons et des restaurants, qui sont construits en bois, ce qui semble les rendre fragiles. Et en réalité, ils sont bel et bien fragiles.

Quel est le plus bel enseignement de cette expérience ?

J’ai réalisé à quel point je suis protégé en vivant à Genève. Ma réalité n’est pas nécessairement la réalité des autres, et cela me fait réellement apprécier la vie luxueuse que je mène ici.

Qu’as-tu ressenti en rencontrant ces jeunes ?

A la première rencontre, je n’ai rien ressenti de particulier, j’étais concentré sur mon premier match et je ne savais pas qu’ils seraient présents pendant tout le tournoi pour un si maigre salaire. Ensuite quelque chose s’est passé qui m’a rendu plus motivé pour l’école et le tennis.

Je savais que je voulais les aider après avoir parlé avec eux lors de mon troisième match, mais en même temps, je ne savais pas comment leur donner de l’argent sans avoir l’air arrogant ou riche. A la fin du tournoi, pendant la cérémonie, j’ai appris que j’avais gagné de l’argent en tant que deuxième du tournoi. Après la cérémonie, j’ai parlé avec mes parents, l’organisateur et le manager de l’hôtel qui sponsorisait le tournoi, en leur demandant s’il serait possible de partager l’ensemble de mon prix en parts égales pour tous les ramasseurs de balle. Ils encaissèrent le chèque et le partagèrent entre tous les jeunes. Cela représentait 45’000 rupees, mon père ayant fait don de 5000  pour que le partage puisse être égal entre tous les garçons.

Il n’est pas nécessaire de parcourir 8’190 km et de vous rendre dans un pays moins développé pour vous prêter attention et aider les défavorisés. Ce qui importe, c’est d’avoir un grand coeur ouvert à tous et d’apprécier ce que vous avez, car il y a des gens qui ont beaucoup moins. Nous admirons Chaska, pas seulement parce qu’il a si bien joué au tournoi, mais parce qu’il a un grand coeur et qu’il a choisi librement de le suivre.

Niya, Year 12
(traduction : David Claivaz)

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