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Nouvelles

Analyste de l’innovation

13 avril 2017

J’ai rencontré le Dr. Damian Bebell à la conférence SGIS 2017 à Zurich. Nous avons commencé notre conversation en évoquant l’importance que revêtent les déclarations de mission dans les écoles, un thème que Damian a exploré avec attention, mais nous avons rapidement bifurqué vers son nouveau domaine d’intérêt et d’expertise, le champ grandissant du « learning analytics ». Comme la question est très présente à IIL, j’ai été très heureux de pouvoir interviewer un chercheur disposant d’une telle expérience en la matière.

Professeur-chercheur assistant au Boston College, Damien oeuvre régulièrement en tant que consultant pour Apple Education. Il a par ailleurs lancé l’International Research Collaborative qui réunit plus de vingt écoles avec des programmes one-to-one, pour les sonder à partir de questions similaires au sujet des usages de la technologie à l’école.

J’ai commencé par demander à Damian sa définition des « learning analytics ». Au-delà de l’association classique entre les data et les stratégies d’apprentissage, Damian a tenu à souligner que les learning analytics peuvent être se définir plus simplement comme la pratique consistant à exploiter les données en vue de la réflexion, une pratique dont les [bons] enseignants usent très naturellement pendant dans leurs activités.

Le recours au learning analytics permet de réfléchir au type de données qui peuvent être utilisées pour le bénéfice des élèves, et, parmi ces données, de voir lesquelles doivent être collectées spécifiquement et lesquelles peuvent être obtenues à partir des systèmes de gestion en place dans les écoles. On peut penser au modèle de l’industrie dans lequel des sociétés comme Amazon ont recours à l’analyse des data pour mieux serveur leurs clients : le résultat du processus d’enseignement n’est cependant pas financier, et il est important que les écoles soient capables de définir les objectifs qu’elles poursuivent en améliorant leur compréhension du processus d’apprentissage.

La conversation s’orienta ensuite sur les projets dans lesquels les learning analytics sont susceptibles de faire une différence aujourd’hui. Damian a commencé par rappeler le rôle essentiel des MOOCs, un domaine qu’il a personnellement exploré dans le cadre d’un projet supporté par la Gates Fondation et consacré à un cours de la plateforme edX. Damian se concentre aujourd’hui principalement sur l’International Research Collaborative dont il présentait les derniers résultats à Zurich.

Ce rapide passage en revue chronologique a conduit Damian a mettre en évidence que le recours aux data (sans même penser aux big data) pour penser l’éducation se situe encore à un stade très élémentaire. Il aime rappeler que les données sont agnostiques et doivent résonner dans les préoccupations concrètes des enseignants, qui doivent apprendre à décrire leurs questions aux spécialistes de l’analyse.

Une difficulté importante provient du fait que nous ne disposons pas encore d’un système pensé spécifiquement pour collecter les données. On peut considérer que les écoles qui disposent d’un programme one-to-one sont peut-être en meilleure position pour réfléchir aux changements que travers l’éducation et formuler des hypothèses vis-à-vis de la technologie, mais il est juste de dire que la technologie ne permet pas aujourd’hui de collecter pour l’enseignement en classe des données en quantité équivalant à celles qui sont disponibles dans le cadre des MOOCs.

Damian attire l’attention sur le fait que des infrastructures existantes, telles que les nombreux systèmes dédiés au management des écoles, peuvent déjà fournir des données utiles pour initier la discussion sur la façon dont les écoles peuvent favoriser la créativité ou initier des démarches intégrant fortement la technologie. Il est tout à fait révélateur d’observer que certaines écoles ont pris le temps d’analyser les données issues de leurs systèmes de gestion et pu ainsi observer des corrélations évidentes entre certains phénomènes et le nombre d’années que les élèves avaient passées à l’école.

Un exemple simple d’hypothèse que le questionnaire d’IRC permet de vérifier est celui de la distraction liée à la technologie : il y a chez certains enseignants le sentiment que les programmes one-to-one occasionnent un engagement plus fort des élèves, mais d’autres enseignants décrivent les difficultés que pose la technologie dans le cadre de la gestion de classe. IRC a réussi, à l’aide de simples questionnaires, à générer des modèles mettant en évidence que les activités dans lesquels l’élève s’engage en dehors de l’école jouent un rôle primordial dans l’engagement à l’école. Ces modèles entraînent la réflexion vers de nouveaux horizons dans un axe de réflexion qui ne peut être perçu uniquement à partir de la salle de classe, justement le genre d’horizon qu’un analyste de l’innovation est censé ouvrir.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur ce domaine de recherche, Damian confirme que l’article Wikipedia consacré aux « learning analytics » représente un point de départ tout à fait adapté. Après notre interview, Damian m’a également fourni quelques liens que je suis heureux de partager sur le blog d’IIL :

•IRC:  http://www.ircollaborative.org/

•Learning Analytics Collaborative:  http://www.analyticscollaborative.org/

•Purpose of School Research:  http://www.purposeofschool.com/

Une sélection des publications de Damian se trouvent à : https://www.researchgate.net/profile/Damian_Bebell/contributions

L’article de Damian, ainsi que d’autres contributions aux sujets des MOOC’s d’edX sont disponibles à : https://www.edx.org/about/research-pedagogy

Dr David Claivaz
Directeur des Etudes
Institut International de Lancy

Contact

dclaivaz[at]iil.ch