Moralistes 2.0

  • 18 août 2016

« Tout est dit et l’on vient trop tard …  » Pas si sûr. Les élèves d’IIL ont pris à contrepied le topos qui désolait La Bruyère et n’ont pas économisé leur énergie pour goûter au cocktail vitaminé d’écriture et de nouvelles technologies que leur proposaient leurs enseignantes, Caroline Duret et Corinne Jacomme.


Après une séquence intitulée « L’insoutenable finesse de la pensée », consacrée à la littérature moraliste du XVIIe siècle, et en particulier à l’étude des Maximes de La Rochefoucauld, les élèves des classes de seconde ont été invités à se glisser dans la peau de moralistes du XXIe. Cette activité consistait à mieux entrevoir, par l’exercice de la pensée morale, une des dimensions essentielles de la littérature, et à prolonger, par l’écriture, l’analyse de traits de plume et d’esprit caractéristiques de ce genre argumentatif.

Jusque là, l’exercice ne faisait guère mentir La Bruyère, mais Caroline Duret prévoyait d’énergiser le geste en illustrant les fragments, en vue d’une publication sur le réseau social Pinterest. Cet objectif inédit a guidé la mise en oeuvre d’un processus d’apprentissage largement vivifié par le recours aux technologies de l’information.

Mise en ébullition par des débats menés en classe, la pensée s’est rapidement déployée dans un Google Doc partagé avec les enseignantes. Les fonctionnalités de cet outil facilitent le feedback-feedforward, mais aussi le travail synchrone/asynchrone. Ainsi, chaque élève est aidé individuellement, par la mise en oeuvre d’une pédagogie différenciée, dans l’acquisition de compétences langagières, rédactionnelles et littéraires. Chaque élève sculpte ainsi sa maxime, en augmente la force par des effets stylistiques, corrige ses fautes de langue, le tout en s’appuyant sur les conseils que donne l’enseignant par le biais des commentaires, inscrits dans la marge du Google Doc.

Une fois les maximes écrites, chaque élève a été invité à les illustrer, de préférence par la réalisation personnelle d’une image – dessin, photographie ou photomontage réalisé avec une application sur tablette. A l’ère numérique, les productions écrites prennent une dimension visuelle fondamentale : au-delà d’une éducation à l’image, il s’agit de permettre à nos élèves de développer des compétences de multiécriture.

Ensuite, le temps de la publication est venu : chacun, sous le pseudo d’un moraliste qu’il s’est inventé, a crée son propre tableau-recueil de maximes sur Pinterest, dans lequel les fragments illustrés ont été épinglés. Puis, tous les moralistes 2.0 ont « maximisé » leurs pensées en les partageant dans un tableau-recueil collectif, intitulé Maximisation – titre d’ailleurs inventé par le Directeur des Etudes lui-même.

Enfin, ce recueil collectif s’est inscrit dans un projet plus large, celui du REFER- Le Rendez-vous des Ecoles Francophones en Réseau – dans le cadre d’une collaboration entre nos classes de seconde du lycée et celles de Nathalie Couzon, cofondatrice du REFER, et enseignante au Québec (au collège Jesus-Marie de Sillery). A cet occasion, les élèves ont lu un roman, L’Orangeraie de Larry Tremblay, qui aborde une question tristement d’actualité, celle du terrorisme, et ont publié dans Maximisation les pensées que les thèmes abordés par le romancier leur ont inspirées.

Ce projet nous a permis d’offrir aux élèves, de part et d’autre de l’Atlantique, un espace, un support où exercer collectivement leur liberté d’expression, et, chemin faisant, une véritable éducation à la citoyenneté numérique mondiale.

Une telle expérience littéraire, authentique, ancrée dans son époque, donne à l’écriture une réalité sociale et rend plus légitimes encore les objets d’étude que sont les genres de l’argumentation et la question de l’homme, inscrits dans les programmes du lycée.

 

 

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c.duret[at]iil.ch

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